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Vous avez décidé de passer quelques jours en Corse. Bienvenue !
Chaque année, vous êtes près de deux millions à venir partager avec nous les beautés de cette Ile. Chaque année, vous êtes des milliers à y revenir. J’en connais même qui sont venus comme vous à la découverte de ce « si proche pays lointain » et n’en sont jamais repartis. Ceux-là étaient arrivés la main tendue, les yeux grand’ ouverts. Ils y ont trouvé des poignées de main et des portes ouvertes.
Corse, terre de contrastes, lit-on souvent. C’est vrai. Mais ils ont un dénominateur commun : indissociables, ils constituent une île. Nous le savions, penserez-vous. En êtes vous sûrs ? Ailleurs, on s’arrête en passant. Dans une île, on choisi d’y venir ; on y entre ; comme dans une maison. Et dans une maison, il y a des habitants. C’est cela une île.
Chaque nation, chaque pays a ses frontières ; délimitées au fil des temps par les hommes et leurs idéaux aussi nombreux que contradictoires : le partage mais aussi l’intérêt personnel ; dessinées par les alliances ou par la force, le choix ou la contrainte. Les frontières immuables d’une île ne sont pas le fait des hommes mais celui d’une force qui les dépasse et leur est supérieure, que l’on veuille l’appeler Dieu ou Nature. C’est cela une île.
Au cours de l’Histoire des peuples, des territoires ont acquit leur forme définitive en élevant leurs clôtures sur le terrain du voisin. Les insulaires, et pour cause, n’ont jamais rien pris à leurs proches voisins mais en contrepartie ils sont légitimement et solidairement jaloux de leur intégrité territoriale. C’est cela une île.
Chaque Etat en Europe a ses lois, ses coutumes, sa langue, son identité qui diffère de celle du voisin. Ce n’est pourtant que des Britanniques que l’on entend dire et souvent à juste titre : « Ils ne font jamais rien comme tout le monde. » parce que c’est cela une île.
Le peuple corse n’est ni meilleur ni plus mauvais qu’un autre ; il est différent, comme l’Espagnol n’est pas Français, le Russe pas Chinois, l’Italien pas Allemand...
Il a ses travers et ses qualités. Pour ce qui est des travers, je laisserai à certains le soin de les énumérer : ils y excellent jusqu’à nous en inventer de nouveaux chaque jour. Quant à ses qualités, la pudeur me commande de vous les laisser découvrir par vous-mêmes mais j’aimerais toutefois, pour le plaisir, vous rapporter une anecdote dont j’ai été le témoin :
En juillet 1998, mon épouse, ma fille et moi visitions un petit village au dessus de Saone, Guagnu. Les ruelles étaient désertes, écrasées de soleil. Seul un homme nous regardait venir vers lui, assis sur le banc de pierre devant sa maison et entouré de ses chiens assoupis. Je m’arrêtai et engageai la conversation. Arriva alors un couple de randonneurs. Grands, blonds, plus rouges que bronzés, essoufflés sous de lourds sacs à dos. Hollandais.
Avec difficulté, ils nous firent comprendre qu’ils cherchaient un bar, un restaurant ou tout autre lieu convivial où un téléviseur leur permettrait de suivre le match de coupe du monde de football disputé le soir même par les Pays Bas. Quand l’homme leur expliqua qu’il n’y avait rien de tel dans le village et qu’il leur faudrait marcher encore plusieurs kilomètres pour trouver un tel endroit ils laissèrent choir leurs sacs, comme anéantis par l’annonce d’une catastrophe.
L’homme se leva alors en soupirant et, d’un signe, les invita à le suivre. Nous les vîmes disparaître à l’angle d’une maison escortés par les chiens. Quelques minutes plus tard, l’homme réapparut, seul. Comme je lui demandai ce qu’il avait fait de nos deux désespérés ; il me répondit d’un ton faussement résigné : « Que voulais tu que j’en fasse ?...je les ai mis chez moi. J’ai allumé la télé, j’ai posé une bouteille de vin sur la table et je leur ai montré où raccrocher les clefs en partant. »
Une tradition de chez nous veut que le soir de Noël on mette à table un couvert de plus pour le voyageur égaré ou le pauvre de passage. Pour ces Deux-là, ce fut Noël en plein été.
Pour être honnête, je dois bien dire que j’en ai connu d’autres qui dans des circonstances similaires n’ont pas posé leur sac à dos mais se sont juchés sur leur piédestal pour s’indigner : « C’est incroyable ! On nous vante la Corse et les Corses, on nous fait payer le voyage un prix fou, on est bien content de prendre notre argent pour n’avoir à travailler que trois mois par an et on n’est même pas capable d’offrir un minimum de confort comme partout ailleurs ! » Ceux-là sont repartis à coups de pieds au c.. et rentrés chez eux en disant que les Corses n’étaient pas accueillants. Ils ne reviendront pas. Tant mieux.
Nombreux sont ceux qui ne voient la Corse que comme un immense village de vacances ouvert l’été, trois ou quatre mois par an, peuplé exclusivement d’animateurs, de barmen, de restaurateurs, de chanteurs folkloriques et dont la quiétude est régulièrement troublée par des poseurs de bombes. La Corse, est touristique parce qu’elle est belle mais d’un bout à l’autre de l’année des hommes, des femmes y vivent, y travaillent comme à Paris, Dunkerque ou Clermont Ferrand.
Comme l’a dit Jacques Dutronc, un de nos Corses d’adoption, à un journaliste de TV5 qui lui demandait s’il vivait en Corse pour donner libre cours à sa paresse : « Ici, les gens travaillent autant qu’ ailleurs. La différence c’est qu’ils ne s’en vantent pas. » Quant aux poseurs de bombes, rassurez-vous, ils ne s’en sont jamais pris aux touristes et vous êtes plus en sécurité ici que dans une quelconque banlieue du Continent.
A moins que vous ne tombiez sous le coup de quelque envoûtement ou d’une malédiction...Contraste encore. Les saints patrons fêtés dans chaque village, les nombreuses processions à l’occasion des fêtes religieuses, le grand nombre de chapelles, d’églises et l’hymne national dédié à la Vierge Marie attestent de la ferveur religieuse du peuple corse.
Les superstitions et les pratiques liées au paganisme y sont cependant ancrées profondément et les contes et légendes sont peuplés de streghe (sorcières) et de mazzeri (sorciers). Aujourd’hui encore des signadore pratiquent le désenvoûtement en chassant l’ochju (le mauvais œil). Cela vous fait sourire ? Je le comprends mais peut-être changerez vous d’avis si un jour comme moi vous assistez à une de ces séances d’où un homme vacillant et tremblant de fièvre repart sur ses deux jambes
Contraste d’une fin de mois de mai où, survolant la Corse, j’ai vu le Cintu enneigé « à deux pas » des rivages bleu et or. Contraste des paysages d’un virage à l’autre ; d’un village du bord de mer, alangui, offert et de son pendant perché à quelques kilomètres, austère, imprenable. Contraste entre l’accent du nord de l’Ile et celui du sud.
Comme dans tous les pays, me direz-vous. C’est vrai, tant de diversité fait de la Corse un pays à part entière. Lequel d’entre nous n’a jamais entendu : cette partie de la Corse m’a fait penser à la Bretagne, cette autre aux Alpes, celle-ci à la Provence, celle-là aux Gorges du Tarn ou aux Cévennes quand ce n’est pas à la Grèce, à la Toscane ou aux rivages du Pacifique. C’est bien tout un pays que vous allez découvrir en traversant la mer.
C’est bien à la rencontre d’un peuple que vous irez si, la main tendue, les yeux grand’ ouverts vous empruntez l’itinéraire que je vous propose tout au long des pages qui suivent.
Bien entendu vous n’y trouverez pas toute la Corse mais l’essentiel de ce qu’il faut connaître pour l’aimer à votre tour et, j’espère, avoir envie d’en savoir plus, d’aller plus loin.
Vous avez décidé de passer quelques jours en Corse. Bienvenue !
Niellu LECA, Marzu 2005 (extrait du guide " Corsica Mea ")
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