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Scontri 2004 : Hommage à Natale Luciani
Canta U Populu Corsu
Depuis1999, les SCONTRI, organisés par Les Amis de Cyrnea, attirent au 38 allée Vivaldi un public de plus en plus nombreux. Ils proposent à tous, Corses ou non, de retrouver ou découvrir le meilleur de la production insulaire autour des stands installés pour ces deux journées porte-ouverte. L’esprit d’échange, de partage et de solidarité y est de mise avec notamment la présence des représentants des sept communautés de Radio Pays et celle de l’association Solidarité Incendies qui tout au long de l’année recueille des fonds au profit des communes sinistrées.
Mais au delà de ces motivations essentielles, les Scontri sont avant tout une fête. Elle revêtait cette année un éclat tout particulier avec la présence exceptionnelle de Canta u Populu Corsu.
Présentée par le Président de la Fédération des Associations Corses d’Ile de France, Pierre Jean Andrei, qui rendit un émouvant hommage à Natale Luciani, la soirée du Ier mai débuta avec le groupe Trivia qui nous fit partager son approche à la fois novatrice et traditionnelle de notre patrimoine musical.
Et puis Canta investit la scène du vaste auditorium de l’Espace Reuilly qui affichait complet au grand regret des nombreux retardataires.
Les deux heures qui s’ensuivirent sont indescriptibles : on n’explique pas la magie. Canta, c’est une alchimie de talents complices qui transcende le réel, heureux comme dramatique et exacerbe le meilleur de nos sentiments dans un élan de chaleur humaine. Il n’était pour s’en convaincre Samedi que de lire sur les visages des spectateurs cette expression comblée que le talent musical si accompli soit-il ne suffirait à susciter.
Souhaitons que nous soit souvent offerte l’occasion de montrer ainsi le vrai visage de la Corse et que chacun d’entre nous trouve la volonté de s’en donner les moyens comme l’ont fait ce 1ermai Canta u Populu Corsu et Les Amis de Cyrnea.
Niellu LECA
Maghju 2004
Historique du groupe
Ils étaient étudiants, agriculteurs, chômeurs ou salariés. Les mêmes aspirations les guidaient, ils ne pouvaient que se rencontrer. En 1973, un groupe se forma porteur de la tradition qui disait leurs racines et aussi leurs espoirs et leurs alarmes.
L’esprit d’authenticité, d’ouverture et de partage qui anime chaque membre du groupe les conduit très vite au succès dès la parution de leur premier album de chants traditionnels, « Eri, Oghje, Dumane ». Pendant deux ans, sillonnant la terre de Corse pour y semer la graine du riacquistu (i.d. :réacquisition), le groupe se produit bénévolement. Ce n’est qu’en 1976 qu’il commencera à se faire payer, un minimum, pour que le prix des places reste accessible à tous.
Et la graine en germant produit un fruit au goût âpre: leur second album, « Liberta » dont les fleurs qui essaiment feront naître à leur tour I Chjami Aghjalesi et autres I Muvrini.
Toute une génération se reconnaît dans ce réveil identitaire . Les titres qui deviendront culte se multiplient grâce à la collaboration des Guelfucci, Poletti, Fusina, Rocchi, Luciani, auxquels se joignent les voix des Gallet, Minicale, Buteau, Paoli, Nicoli et tant d’autres. C’est cette diversité qui fera de Canta le miroir d’un peuple et tour à tour le moteur ou le témoin des évènements qui marqueront sa vie durant près de trente ans.
La renommée de Canta s’étend au delà des frontières de l’Ile et avec Chjamu a puesia, leur cinquième album, le chant traditionnel n’est définitivement plus cantonné au rôle de manifestation désuète d’un passé révolu. Il est enfin redevenu l’expression vivante des préoccupations d’un peuple en pleine mutation.
En Mai 81, à Paris, au Théâtre de la Ville, le public et la critique applaudissent à l’unisson ces chants lyriques comme l’Histoire de leur Terre, ces voix brutes comme le granite de leurs montagnes qui s’appellent, se répondent et s’épousent en des harmonies improbables pour aller chercher l’émotion au plus profond, au plus intime.
D’autres albums suivent, les concerts se succèdent jusqu’en Juillet 84 ; un mois après le départ forcé de Natale Luciani.
Dix années vont s’écouler avant la parution de l’album Sintineddi que Natale nous présente ainsi : « Sintineddi évoque ces menhirs dressés comme des sentinelles gardant un monde aux racines profondes mais menacé. Cette chanson parle en fait de la Corse d’aujourd’hui et de ce souci qui a toujours été le nôtre d’alerter et de défendre ce qui fait notre identité.»
Après une longue période de jachère, une nouvelle moisson voit le jour. Si quelques anciens se sont lancés dans des carrières personnelles, d’autres rassemblent autour d’eux de nouvelles recrues, les Papi, Rutili, Perez, Leca, certains issus de la Scola di cantu di Natale Luciani et reprennent ensemble le chemin des concerts. Cette renaissance s’accompagne fin 2001 de la sortie de Rinvivisce constitué de seize titres signés Luciani, Lanfranchi, Cacciaguerra, Franchi, Papi et Salducci dont le succès est immédiat.
Durant l’été 2003, c’est du sud au nord de la Corse que Canta fête avec son public les 30 ans du groupe…
Le 12 août. Le vaste cinéma en plein-air de Saone a fait le plein. La scène qui va accueillir les seize chanteurs et musiciens est dans la pénombre. L’impatience est contenue, tangible, entretenue par une musique aux longs accords étirés qui semble venir de loin. Noir. Lumière. Les voix s’élèvent en même temps que la clameur du public. Pendant près de deux heures les titres s’enchaînent souvent repris en chœur par les spectateurs transportés. Et puis aux accents de l’Armata di l’ombra, les premiers rangs sont debout contre la scène. Sur les rythmes enlevés des dernières chansons, le public danse, les bandere aussi et la soirée se termine sur un Diu Vi salvi Regina repris par des centaines de voix.
Les projos se sont éteints. On se sépare à regret : quitter un concert de Canta, c’est comme se réveiller ailleurs, un peu perdu, loin des siens.
On voudrait ne retenir de 2003 que le renouveau, la tournée couronnée de succès . C’est malheureusement, en décembre, la disparition brutale de Natale Luciani qui nous frappe durement et se grave dans nos mémoires.
Les mots seraient vains et le temps trop court pour dire tout ce que nous perdons avec son départ mais s’Il n’est plus auprès de nous, Il nous a tant donné, tant laissé qu’Il est parmi nous pour toujours.
Le 1er Mai 2004, à Paris, c’est pour lui rendre hommage que nous nous sommes réunis.
Niellu Leca
Les Amis de Cyrnea
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